Écoutez votre intuition ! Elle est votre meilleure alliée

Devenir le cobaye de son intuition. Ça peut paraître difficilement réalisable dans une société guidée par les normes. Pourtant, je me suis livrée à cette expérience il y a 4 ans. 

J’en ai parlé dans cette conférence, mais pour ceux qui veulent en savoir plus sur les mécanismes de l’intuition, cet article est fait pour vous.

1. La science a prouvé l’existence de l’intuition

Les scientifiques ont découvert ces dernières années que notre cerveau possédait 2 systèmes de fonctionnement distincts :

  • Le "Système 1" : rapide, intuitif et émotionnel
  • Le "Système 2" : plus lent, plus réfléchi, plus contrôlé et plus logique.

Le « Système 1 » est contrôlé par notre cerveau droit et par d'autres parties, héritées des temps préhistoriques, connues sous le nom de « limbiques» et « reptiliennes ».

Le « Système 2 » est contrôlé par notre cerveau gauche et par le «néocortex».

Les chercheurs ont constaté que l'intuition faisait partie du « Système 1 », ce qui explique  pourquoi ce sens nous parvient si rapidement, sans explication rationnelle.

En d'autres termes, les décisions intuitives ne sont pas quelque chose que nous avons pensé avec raison, mais plutôt des choix qui ont surgi de notre instinct.

Pourquoi devrions-nous faire confiance à notre intuition ? Pour répondre à cette question, voici deux expériences intéressantes.

Expérience 1

Dans cette étude, les chercheurs ont constaté que le « Système 1 » connaissait souvent la bonne réponse bien avant le « Système 2 ».

Les chercheurs ont demandé à leurs sujets de jouer à un jeu de cartes où l'objectif était de gagner le plus d'argent. Il y avait deux piles de cartes à choisir :

  • une pile à risque : pour provoquer de gros gains suivis de grosses pertes
  • une pile plus sure : pour provoquer de petits gains, mais presque pas de pertes

Évidemment, les sujets ignoraient le contenu des différentes piles.

Il a fallu environ 50 cartes avant que les sujets devinent quelle était la pile la moins risquée, et environ 80 cartes avant qu'ils puissent vraiment expliquer la différence entre les deux piles.

Mais ce qu’il y a de plus fascinant, c’est qu’après seulement 10 cartes, les glandes sudoripares des paumes des sujets sécrétaient légèrement de la sueur chaque fois qu'ils prenaient une carte dans la pile la plus risquée.

C’est aussi à partir de la 10 ème carte que les sujets ont commencé à favoriser la pile la plus sure, sans être conscients qu'ils le faisaient.

Ainsi, bien avant que le cerveau analytique puisse expliquer ce qu’il se passait, l'intuition corporelle des sujets avait deviné où se trouvait le risque, et les avait guidés vers la sécurité.

Expérience 2

Une étude similaire a examiné la capacité des gens de prédire si une image se trouvait derrière le rideau 1 ou le rideau 2. Le choix du rideau derrière lequel l’image se trouverait était décidé de façon totalement aléatoire par un ordinateur.

De la même façon que l’expérience 1, les chercheurs ont mesuré les réponses physiologiques des sujets. Ils ont alors constaté que les corps des sujets – par la sécrétion de sueur au niveau des paumes – étaient en mesure de prédire le rideau derrière lequel se trouvait l’image, 2 ou 3 secondes avant même que l'ordinateur ait décidé quel rideau utiliser !

Ainsi, pour les joueurs qui voudraient avoir la capacité de prédire ce qu'il y a derrière une carte donnée, cette étude suggère qu'ils devraient travailler à reconnaître le moment où les glandes sudoripares de leurs paumes sécrètent de la sueur.

2. Le voyage en solitaire comme « laboratoire de l’intuition »

Le mental intuitif est un don sacré et le mental rationnel est un serviteur fidèle. Nous avons créé une société qui honore le serviteur et a oublié le don.
— Albert Einstein

Les scientifiques nous l’affirment donc : l’intuition existe ! Et elle nous guide vers les bons choix ! Le problème, c’est qu’on se demande toujours comment l’écouter, comment y accéder. Passons donc à la pratique.

Mes premières années dans l'armée

Comme je vous l’explique ici, il fut une époque où j’avais une vie cadrée, normée, raisonnée, que j’ai fini par quitter. Très tôt, j’avais cette voix au fond de moi qui me disait « Non, tu n’es pas à ta place », « Non, ce métier n’est pas pour toi », « Non, ce mariage n’est pas ce qu’il te faut ». Mais ma raison m’empêchait de sortir des rails. Elle m’empêchait d’accomplir ce qui était « socialement » mal vu : changer.

Aussi arrive le moment où le changement est vital. Il ne provient pas d’un simple caprice, d’une simple lassitude, mais d’un profond malaise : celui de ne pas être à sa place. En ce qui me concerne, ce moment coïncide avec la disparition de mon père. Confrontée à la mort, je pris conscience de la vie.

J’ai alors retrouvé ma sensibilité trop longtemps oubliée, et j’ai réalisé que cette voix qui me disait de changer était bien plus qu’une voix : elle se couplait à des sensations.

Lorsque je refusais de l’écouter, ma gorge se resserrait, une boule creusait mon estomac, un poids alourdissait mes épaules. Mais lorsque je lui tendais l’oreille, envisageant les perspectives qu’elle me murmurait, visualisant cette autre vie qu’elle me suggérait, une douce et chaude sensation au fond de mon ventre, une curieuse légèreté, me saisissait.

Cette voix était la manifestation de mon intuition. Elle ne faisait qu’exprimer ce que je n’osais raisonnablement pas me dire : PARS ! Je suis donc partie. J’ai divorcé, j’ai quitté mon boulot, j’ai créé mon autoentreprise pour devenir freelance, et j’ai monté mon premier projet de voyage : 5 mois du Kamchatka à l’Alaska.

Moi avec Colaï et Vanya, deux nomades Tchouktches

J’ai alors découvert que le voyage en solitaire me permettait d’accéder davantage à mon intuition. Au nord du Kamchatka, je me suis retrouvée en compagnie de 10 nomades éleveurs de rennes. Ensemble, nous avons marché sur des centaines de kilomètres au cœur d’une toundra sauvage, sans croiser un seul autre être humain pendant près de 3 mois. Aucune route ni aucun chemin ne nous indiquaient la direction de la mer de Béring, là où nous devions nous rendre. Les rennes se laissaient guider à travers les montagnes par l’odeur imperceptible de la mer. Nous les encadrions.

Hors des normes, hors du temps, j’ai appris à vivre l’instant. J’ai réappris à écouter mon corps, mes sens. Dans une région où la concentration d’ours bruns est l’une des plus fortes au monde, le moindre écart de vigilance peut en effet vous coûter la vie. « Regarde dans toutes les directions. Écoute et ne te laisse jamais distraire par tes propres pensées. » me conseillait Volodia, le chef des nomades.

Une telle expérience a un effet principal : vous revenez à vos instincts primaires. De ce fait, vous apprenez davantage à écouter ce qui se passe à l’intérieur de vous-même, à déchiffrer vos sensations, vos émotions, sans être influencé par quoi que ce soit.

J’ai précieusement veillé à conserver cette nouvelle sensibilité à mon retour de voyage. À l’écoute de mon intuition, j’ai réalisé d’autres voyages, j’ai vécu d’autres expériences fortes où j’ai encore affiné ma perception de ce sens.

Je pense que je n’ai jamais fait autant appel à mon intuition lorsque j’ai traversé à pied la chaîne himalayenne du Zanskar : 10 jours de solitude absolue, à longer de puissantes rivières, au milieu de montagnes qui culminaient à plus de 6000 mètres.

La chaîne himalayenne du Zanskar en automne 

J’avais une carte en main, une boussole en poche, et un sac de presque 20 kilos sur le dos. Aucune pancarte ni aucun balisage ne pouvaient m’indiquer la bonne direction pour la simple et bonne raison qu’ils étaient inexistants. Je devais absolument me faire confiance pour ne pas me perdre. Les seuls indices que je trouvais, au rythme de 3 ou 4 par jour, étaient de vieux crottins de chevaux glissés entre deux pierres, un fin ruban flottant au vent ou un minuscule cairn au détour d’une rivière.

Si je peux vous raconter cette histoire, c’est que je suis parvenue à destination ! Mon intuition fut la bonne. Lorsque le doute me saisissait, je me posais un instant contre une roche, je sortais ma carte et la vérifiais, je relevais les yeux, je laissais mon regard balayer la roche et les pierres. Soudain, je détectais l'esquisse d'un passage ! Pari risqué me direz-vous ? Pas tant que ça. Car si j’ai réussi à avancer là où mon intuition me guidait, c’est en la couplant avec cet autre outil qui auparavant me retenait : ma bonne vieille raison.

3. Une clé de la réussite : mettre sa raison au service de son intuition

Il ne faut certes pas tomber dans le « tout raison », mais il ne faut pas basculer non plus dans le « tout intuition ». Chacune de ces facultés possède des rôles distincts qui au final, s’équilibrent.

Pêcheur aux abords de l'île d'Atka

Imaginez-vous au milieu de l’océan. Cet océan, symbole de l’infini, est semblable à votre vie : à un instant donné, vous pouvez choisir de partir dans d’innombrables directions, mais laquelle prendre ? L’intuition vous donne le cap. Vous sentez au fond de vous que vous devez vous rendre par là. Vous n’êtes certain de rien, mais vous vous faites confiance. Vous décidez d’y aller.

Évidemment, la route est longue et semée d’embûches. Vous pourrez vous retrouver à contre-courant, en pleine tempête, au bord du naufrage même. Vous aurez l’idée d’abandonner, de faire demi-tour vers des eaux plus paisibles. Mais votre intuition vous dira de continuer.

C’est là que la raison intervient. Si vous voulez réussir, il va falloir construire votre chemin intelligemment, affronter ces vagues – aussi hautes et fortes soient-elles – sans chavirer, les contourner si nécessaire, renforcer votre équipage et vous appuyer sur les bonnes personnes. Ce qui fera la différence : c’est votre patience et votre persévérance.

Randonnée équestre dans la réserve de Naryn (Kirghizistan)

Depuis 4 ans, ma vie ressemble à ce que je viens de vous décrire. J’ignore précisément où je vais, mais je sens que certains projets, certaines voies, me correspondent davantage que d’autres. Alors j’y vais. Je construis mes projets, à l’aide de cette même raison qui m’avait trompée, mais qui, savamment utilisée, est utile et essentielle.

Très régulièrement, je refais le point avec ma boussole intérieure : le cap que je suis est-il toujours le bon ? Le courant ne m’a-t-il pas entraîné ailleurs ?

Rien n’est facile ni gagné d’avance. Ceux qui vous prétendent le contraire vous cachent une bonne partie de la vérité. Mais peu importe les difficultés, pas une seule seconde je ne regrette les choix que j’ai réalisés. Ce que j’expérimente au quotidien est un véritable délice : plus qu’une aventure au bout du monde, c’est l’aventure d’une vie riche, intense et complexe.

Aujourd’hui, même si mes sens sont beaucoup plus aiguisés qu’avant mon grand départ, il y a 4 ans, il m’arrive encore d’hésiter. « S’agit-il de ma raison ou de mon intuition ? » Je me pose toujours la question ! La vie est ainsi faite : plus nous avançons sur un chemin, plus il s'ouvre à nos yeux, et plus nous avons à apprendre !

Mais le simple fait de se questionner pour se positionner sur le chemin de l’intuition est déjà un pas énorme vers ce que nous sommes et ce qu’il y a de mieux pour nous. Le secret de cette connaissance, nous le possédons tous : il est en nous. Alors, écoutez-vous, écoutez votre corps et vos sensations, et foncez !

Le Chadar (route de la rivière gelée) au Zanskar