DU KAMCHATKA A L'Alaska

Juillet à Novembre 2011

3 mois avec les nomades éleveurs de rennes : les Tchoukcthes

1 mois sur l'île d'Atka

1400 km seule à vélo à travers Alaska

A la veille de mes 30 ans, peu après la mort de mon père, je décidai de tout quitter - mon mari, ma carrière, mon confort - pour me tourner vers ce que j'étais au plus profond de même. Je n'avais qu'un seul mot en tête : Liberté. Cela se traduisit par un besoin viscéral de voyager.

Je voulus partir loin, très loin, toujours plus loin. Là où personne ne s’aventurait. Là où la nature se voulait encore nature. C'est ainsi que mon regard se posa sur l'extrême-orient de la Sibérie : le Kamchatka.

La première fois que je posai les pieds au Kamchatka, je ne parlais pas un mot de russe. Je ne connaissais personne sur place. Un monde totalement inconnu s’ouvrait à moi. Les russes furent les premiers étonnés de me voir débarquer là : « Première fois en Russie et tu viens au Kamchatka ! Mais tu es folle ! » Mais ma folie allait me conduire à vivre une expérience magique.

Je voulus partir loin, très loin, toujours plus loin. Là où personne ne s’aventurait. Là où la nature se voulait encore nature.

Guidée par mon enthousiasme, je surmontais les façades froides et austères de ces russes du bout du monde et j’enchaînais les rencontres. J’écoutais les récits des uns et des autres, et peu à peu, les portes d’un monde caché s’ouvrirent. Un monde encore plus inconnu que le Kamchatka lui-même. Un monde situé tout au nord, au milieu des montagnes qui jouxtaient la mer de Béring, accessible uniquement par hélicoptère : le monde des Tchouktches éleveurs de rennes.

Linda avec les Tchouktches.jpg

Sans hésiter, je décidai de les rencontrer. Début juillet 2011, le directeur du sovkhoze, Sergueï, m’accueillit naturellement. Il se saisit de mon sac à dos encombrant, m’indiqua ma chambre de passage et me dit : « L’engin à chenille partira dans la toundra dans 2 ou 3 jours. Tiens-toi prête. » Car voilà ce que j’avais découvert : chaque été, les Tchoukcthes éleveurs de rennes accompagnaient le troupeau depuis l’intérieur des terres jusque la mer de Béring. A pied, ils parcouraient environ 600 kilomètres, changeant de camp quotidiennement, en plein coeur d’une toundra sauvage, royaume des ours et des loups.

Ainsi suis-je allée à la rencontre d’une culture nomade en voie de disparaître, entourée de tout ce que je recherchais : la nature et l’authenticité. A la fin de ce séjour, la brigade d’éleveurs de rennes avec qui j’avais vécu était devenue mienne. Je mangeais comme eux, je voyais comme eux, je vivais comme eux. Les rennes m’avaient envoûtée et la perspective de mon retour fut une évidence.

Ainsi suis-je allée à la rencontre d’une culture nomade en voie de disparaître, entourée de tout ce que je recherchais : la nature et l’authenticité.

Mon voyage ne s'arrêta pas là. Impossible en effet de poser mon regard sur le Kamchatka sans glisser sur les Aléoutiennes puis l’Alaska ! Suite à mon expérience fabuleuse avec les Tchouktches, ce fut une évidence : je devais m’aventurer de l’autre côté de la mer de Béring.

En septembre 2011, j’arrivai donc à Atka, le village aléoute le plus isolé de la chaîne aléoutienne. 70 âmes vivaient ici, sur cette petite île volcanique. Je souhaitais y rencontrer l’authenticité du peuple aléoute, dont j’avais lu des récits. Mais très vite, je fis face à un triste constat : c’était un territoire des Etats-Unis et le rouleau compresseur de l’américanisation avait dramatiquement écrasé la quasi-totalité de leur mode de vie traditionnel.

Déçue et en proie à un certain malaise, je décidai de revenir sur le continent. L’Alaska face à moi, toutes les possibilités s’offraient à mon imagination. Une seule contrainte : l’approche imminente de l’hiver. Mue par la fibre nomade que l’expérience Tchouktche avait réveillée en moi, j’avais besoin de bouger. J’avais besoin de ressentir mon corps au contact de cette nature si forte et si sauvage. Je décidai alors de traverser l’Alaska à vélo.

L’Alaska face à moi, toutes les possibilités s’offraient à mon imagination. Une seule contrainte : l’approche imminente de l’hiver.

Rapidement, je me procurai un vélo, quelques sacoches, des sangles, et j’harnachai mon sac de randonnée sur le porte-bagage. Carte en main, je fixai ma destination à Haines, le dernier village le plus au sud de l’Alaska, à 1400 kilomètres de là où je me trouvais.

Et l’émerveillement du voyageur solitaire commença. Sur une route rarement fréquentée, je longeai plusieurs des plus beaux parcs naturels d’Alaska, où, au pied des montagnes, la taïga s’étendait sans fin. Les premières neiges arrivèrent et les températures chutèrent à -15°C. La majorité des infrastructures ferma ses portes. A plusieurs reprises, je dus dormir sous la neige, dans la forêt, espérant que les ours furent déjà remontés dans la montagne. A un rythme d’environ 80 kilomètres par jour, j’atteignis ma destination finale en moins de trois semaines.

Je me procurai un vélo et fixai ma destination à Haines, le dernier village le plus au sud de l’Alaska, à 1400 kilomètres de là où je me trouvais.

Ainsi se clôtura ce premier voyage au long cours, que je qualifie aujourd’hui d’initiatique, puisqu'il marqua le point de départ de ma nouvelle vie.

 

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